Orientation de la mobilité post-COVID : repenser une mobilité propre et écologique

Un impact direct sur la demande et des conséquences drastiques sur l’offre de mobilité

La réduction des déplacements à la stricte nécessité (courses alimentaires et trajets domicile-travail) ainsi que la fermeture des frontières ont conduit brutalement un certain nombre de salariés à passer au télétravail et des entreprises à organiser leurs réunions et congrès internationaux en visioconférence. À cette baisse subite de la demande de transport, s’est annexé un effondrement de l’offre. Ce dernier fut entre autres, occasionné par les fermetures obligatoires et l’application du droit de retrait. Cette crise double de l’offre et de la demande, va à coup sûr mettre en difficulté de nombreux acteurs du secteur.

Selon l’Association internationale des compagnies aériennes, le nombre de vols mondiaux a chuté de près de 80 % au début du mois d’avril. Cette diminution exceptionnelle a engendré une baisse de revenus de près de 252 milliards de dollars pour les compagnies aériennes par rapport à 2019. Lufthansa, pour ne citer qu’une compagnie, a déjà prévu de réduire sa flotte. En effet, ses experts ne prévoient pas un retour du trafic à la normale avant plusieurs années.

Les entreprises de transport en commun sont, elles aussi, fortement touchées. En France, le leader mondial Transdev a constaté une baisse de la fréquentation des transports publics d’environ 90 %. Dans le même temps, le groupe a constaté une diminution de moitié de la circulation des trams et des bus.

Bird, Lime ou Uber ainsi que la majorité des acteurs de la mobilité partagée ont suspendu ou fortement ralentit leurs activités, partout dans le monde. Pour ces nouveaux acteurs, ce coup d’arrêt est d’autant plus douloureux que leurs modèles d’activité n’étaient toujours pas équilibrés avant la pandémie.

Une opportunité de repenser la mobilité et de l’inscrire dans une trajectoire écologique et sociale

Toute crise est un accélérateur du changement. La crise du Covid-19 représente une occasion historique de repenser nos schémas de déplacements insoutenables, tant d’un point de vue environnemental que social.

En effet, les émissions de gaz à effet de serre continuent à fortement augmenter dans le secteur des transports (+18 % entre 1990 et 2016). Cette augmentation est principalement due à l’augmentation du trafic routier (+21 % entre 1990 et 2016).

Ce modèle de mobilité crée de fortes disparités entre les individus et les territoires. Plus d’¼ des Français n’ont pas accès à une offre de transports collectifs et certains ménages doivent réserver une part importante de leur budget à la mobilité.

A la suite de la pandémie, les autorités publiques vont devoir redéfinir leurs politiques et leurs orientations en la matière. À l’identique, les entreprises privées du secteur vont aussi devoir adapter leurs offres et leurs modèles.

Mais comment appréhender le futur de la mobilité ?

Bien qu’il soit trop tôt pour déterminer avec précision l’avenir de la mobilité post-Covid-19, quelques quasi-certitudes structurantes peuvent être identifiées :

  • Le télétravail se démocratisera, entraînant une baisse durable des trajets domicile-travail et des voyages d’affaires ;
  • Chaque acteur, confronté à un contexte économique plus difficile, va chercher à réduire les coûts liés au transport ;
  • À court terme, la mobilité individuelle risque de prendre le pas sur la mobilité collective afin de respecter le principe de distanciation sociale ;
  • Les opérateurs de transport public vont doivent offrir des services plus sûrs. À terme, il s’agit d’utiliser au mieux les technologies digitales de gestion de flux pour augmenter la fréquence des trajets et diminuer la densité des voyageurs ;
  • Les ex-usagers des transports en commun vont se tourner vers d’autres modes de transport : la voiture individuelle, mais aussi le vélo, la trottinette ou les gyroroues ;

Mais finalement, tout dépendra des plans de sauvetage et de relance économique définis par les pouvoirs publics. À ce titre, la puissance publique va jouer un rôle historique et aura le choix entre deux scénarios :

  • Une relance non conditionnée, qui ne nécessitera pas d’adaptation majeure à court terme pour les acteurs de la mobilité, mais qui maintiendra un modèle principalement basé sur les énergies fossiles et créateur d’inégalité ;
  • Une relance conditionnée par le respect d’une trajectoire climatique 2° C et d’une mobilité plus solidaire. Ce modèle, certes plus complexe au premier abord, permettra de créer les conditions d’une mobilité pérenne.

La crise du coronavirus redonne à l’appareil étatique des marges de manœuvre inédites tant en termes de régulation que de financement de l’économie. Elle crée un terrain fertile à l’acceptation de changements profonds et rapides.

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